lnc sculpture

Formes, volumes et matières,stage et cours de sculpture et mosaïque dans le Var,sculpture sur pierre,taille directe,stage sculpture paca,stage sculpture provence,stage sculpture var,stage taille directe,stage sculpture sur pierre

03 octobre 2009

Le sein de Daphné

 

Aujourd’hui hui est un grand jour, Daphné a un sein !

Dégrossir pour dégrossir est une corvée, une tâche fastidieuse et sans beaucoup d’intérêt bien qu’indispensable.

Dégrossir Daphné cela signifie garder en réserve de la matière sur les points hauts, c’est-à-dire :

 -de face, les seins, le ventre et un genou puisqu’elle aura une jambe en avant,

- de dos, les fesses bien évidemment et un talon du pied qui, lui, sera en arrière.

Tous le reste doit être en retrait. Il faut donc enlever du volume tout autour.

On travail pendant longtemps sans rien voir vraiment apparaitre. On a l’impression qu’on œuvre dans le vide, c’est un peu décourageant et frustrant.

Cela fait un moment déjà que je tourne autour du morceau réservé pour un sein et, tout a coup, subrepticement, sans que je m’en rende tout à fait compte, voilà qu’il apparait dans sa blanche rondeur, placé à peu prés au bon endroit, presque définitif !

IMG_1843

L’étape est d’importance car avec ce sein dévoilé, daphné vient de sortir des limbes, fini le grand cercueil blanc. Elle est là, elle existe, elle a une présence, une consistance même qui déjà, lui fait quitter le flou dont elle s’entourait depuis trop longtemps.

Et puis, ce sein à peu prés bien placé, à peu prés de bonne taille (à ce stade rien n’est complètement définitif, ce serait trop précipité, voir dangereux pas rapport au reste de la statue à peine ébauchée) ; ce sein est comme l’apparition d’un phare pour le pécheur perdu en mer. C’est un puissant repère. C’est « mon » repère, mon point d’encrage, mon port d’attache. A partir de là je vais rayonner tout autour de mon bloc pour y découvrir des formes encore insoupçonnées et faire surgir la métamorphose de Daphné. L’aventure commence !

En partant de ce sein, je vais pouvoir placer l’autre, puis à l’aide des deux, je mettrai le ventre au bon endroit. Du coup, les jambes viendront d’elle-même. Point de jambes sans fesses, de là, je glisse sur le dos et remonte à la tète… Un sein bien placé, c’est toute ma statue qui prend forme petit à petit, comme les pièces d’un puzzle s’encastrant les unes dans les autres.

 

 

Posté par lncherrier à 10:27 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 février 2009

"Laisser parler la pierre..."

Oui, vraiment, la taille directe est en sculpture ce que je préfère à tout autre procédé.

« Laisser parler la pierre », s’en inspirer, s’en pénétrer.

La regarder longuement, l’écouter tout autant. Chercher à la comprendre, à la saisir entièrement. Etablir ce lien étrange et privilégier qui permettra d’être initiée au secret qu’elle cache en son sein. Et puis, la tailler enfin, et en faire jaillir la forme.

Ce temps de partage et d’écoute avec la matière, je l’affectionne tout particulièrement.

Et dire qu’il y en a qui croit que la matière est inerte !

Cela procède d’une espèce de magie, d’une étrange alchimie entre la pierre et moi.

C’est ma volonté délibérée, mon parti pris que de vouloir la considérer autrement qu’un vulgaire caillou.

Jamais je ne l’ai regretté, au contraire ; quelle joie que ce choix là !

Imaginez le bonheur et l’émotion quand la pierre, reconnaissante du respect apporté, se met à travailler rien que pour vous et vous aide dans votre réalisation !

C’est un cadeau inestimable, la récompense suprême du sculpteur.

belier2

Mon bélier avait déjà ses cornes enroulées dans l’albâtre, impossible de passer à coté, cela ne pouvait être que lui.

6

Ma Dame blanche, a paré son coup de marbre d’un magnifique collier de veine afin de nuancer harmonieusement la sobriété que j’avais mis dans mon œuvre.

tete

Après s’être laisser pousser la barbe, ce Monsieur s’est lui-même chapeauté, je n’ai rien eu à faire. Cela lui seyait bien.

vouivre1

Voyez comme elle s’est bien opportunément recouverte d’écailles brunes la tête de ma Vouivre, pour lui donner plus de force et de vie. Dans une pierre sensé être blanche, elle ne pouvait se cacher ailleurs parce qu’un œil existant (que je n’ai pas touché) me fixait déjà intensément.

japonaise_1_

Ma japonaise s’était déjà parfaitement coiffée d’un magnifique chignon, il n’y avait même pas une mèche à corriger. Et comme elle était triste, elle a délicatement fait couler ses larmes à l’endroit ou j’avais taillé ses joues pour les recueillir.

Alors, hasard que tout cela ?

Quand les hasards se font si nombreux, peut-on y croire encore ?
Toujours est-il que, dans ces cas là, j’éprouve le sentiment de plénitude et de reconnaissance que donne l’impression de vivre un moment d’accord parfait.

Je suis heureuse d’être sculpteur et je suis un sculpteur heureux(se).

Posté par lncherrier à 18:31 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 juin 2008

Daphné est arrivée!

Aujourd’hui, premier jour de grand soleil sans nuage, premier jour de vrai chaleur.

Aujourd’hui, Daphné est arrivée, elle est venue avec l’été !

IMG_4868

Dans le terrain trop meuble encore après les longues pluies, le camion n’a pu s’engager jusqu’au lieu désigné. Alors, choisissant l’endroit le plus dur, on l’a déchargé là, et allongé par terre sur deux rondins de bois.

IMG_4869

En attendant d’être, plus tard, érigée à l’emplacement souhaité, Daphné repose dans son long cercueil de marbre blanc.

J’ai vu le gros lézard vert venir, avec curiosité, s’enquérir de ce nouveau voisinage. La jolie huppe aussi s’est approchée pour regarder.

Je les ai vu, ces habitants du jardin, car comme eux, moi aussi attirée par sa scintillante blancheur, de temps en temps dans la journée, je viens la visiter.

IMG_4877

Je pose mes mains sur le grand marbre froid, je le caresse doucement émue et heureuse qu’elle soit là, tout simplement là.

C’est qu’il y a déjà une histoire entre nous, je suis quand même allée jusqu’en Italie pour pouvoir la trouver !

Belle endormie, pour l’instant elle attend patiemment que le jour vienne où je la délivrerai de sa gangue de pierre.

Bloc parmi les blocs, elle était quasiment anodine quand je l’ai cependant remarqué. Mais ici, isolée sur l’herbe du jardin sa blancheur illumine.

Ce marbre est beau, ce marbre ma plait tel qu’il est, si plein d’espoir et de promesses.

Même si je ne la sais pas encore tout entière, je sens sa présence car tel est mon désir !

Que serait elle devenu sans notre rencontre ?

Qui ou quoi, dans d’autres mains d’autre sculpteur ?

Certainement pas « ma » Daphné !

Alors, comment cela se peut il puisque je n’invente rien ?

Point de magie, pas d’artifice, aucun ajout à ce qui existe déjà. Mon rôle est seulement de tailler, d’enlever tout petit à petit l’enveloppe de pierre qui emmure la métamorphose de Daphné jusqu'à ce qu’elle apparaisse dans sa toute beauté.

Alors ?

IMG_4880

Je  vois là le miracle de la création, beaucoup de labeur, de patience et d’humilité. Et certainement, une grande communion entre le sculpteur et son œuvre pour qu’elle vive enfin.

Posté par lncherrier à 17:04 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 mai 2008

Carrare, quand le rêve devient réalité !

                                    

On fait tous des rêves. Souvent, ils sont déraisonnables car, c’est le propre des rêves, il nous entraîne dans le domaine du « plus ».

Plus haut, plus grand, plus beau, plus…

De temps en temps cependant, il arrive qu’un rêve vienne à se réaliser.

C’est un moment précieux de vie qu’il ne faut surtout pas manquer de savourer.

C’est ce qu’il vient de m’arriver. Un cadeau magique qui ouvre les portes d’un lieu mythique pour les sculpteurs : aller à Carrare chercher un grand marbre à sculpter dans le jardin.

Un rêve, mon rêve !

Un grand marbre, dans mon imaginaire, ce n’est pas forcement quelque chose d’énorme mais assurément quelque chose d’un peu haut.

Mais quelle forme ? Quel sujet ? quelle façon de le traiter ?,classique ?, moderne ?, figuratif ou non ? Est –il mieux de partir avec une idée précise ou non ?

Les questions se bousculent dans ma tête suivies par des idées qui s’enchaînent rapidement.

Une statue en hauteur qui s’intègre bien dans un jardin,…, comme un arbre.

Un arbre,…, Daphné !

Bernin_apollo_daphne

Daphné changée en arbre pour échapper à Apollon.(Le Bernin)

Une métamorphose du corps en tronc grandeur nature, whaou ! Voila de quoi faire !

C’est un sujet qui laisse la place à mille interprétations possibles mais qui du coup donne une indication plus précise de forme et de taille pour le marbre à trouver.

C’est donc avec Daphné dans la tête que je pars à Carrare sur les traces de Michel Ange.

Tunnel, viaduc, tunnel, viaduc, ombre, lumière, ombre, lumière, la route est fatigante.

Soudain, scintillantes au soleil apparaissent les montagnes éventrées. Partout du blanc pareil à de la neige. Carrare aux innombrables carrières de marbre se voit de loin.

IMG_4667

Vallée de Frantiscritti et Colonnata, marbre ordinaire plus ou moins veiné. Vallée de Torano, marbre statuaire, immaculé.

Et puis, partout dans la ville, aux alentours et sur le port, des milliers de blocs énormes entreposés en attente d’être débité (en tranche pour les carrelages) ou sculpté et vendu dans le monde entier. Prestigieux marbre de Carrare !

mosaique

Après, c’est l’aventure. Il faut s’arrêter un peu partout et demander un peu partout. Chercher et repérer des blocs « possibles » en évitant les fentes. Négocier. Et quand on croit qu’on va y arriver, se rendre compte qu’il faut trouver un transporteur pour le livrer puis une grue pour décharger. Et puis,…, passer le reste de sa vie à dégrossir le monstre parce que tous ces blocs sont monumentaux et bien trop gros. Ils sont pourtant à prendre tel quel !

Daphné se perd dans la monstruosité…

Tout à coup, visible du bord de la route à travers un grillage, des blocs qui semblent de taille plus raisonnable. C’est un atelier de reproduction d’antique, les blocs ne sont pas à vendre parce que c’est leur stock, mais…. « Lequel vous intéresse ? »

Voila, l’affaire est faite ! Reste l’éternel problème du transporteur et ça tombe bien, ils font des livraisons en France, il suffit d’attendre que le camion se remplisse, un camion avec la grue pour décharger.

Génial ! j’attendrai tout le temps qu’il faudra ,mais pour aider au remplissage,je rajoute un bloc sans forme de 300kg. Bien heureusement, il est fendu en trois et j’espère bien profiter des failles pour arriver à l’éclater en plusieurs blocs.

Mon rêve a maintenant des mesures bien précises, il fait 0.50x0.50x2m et comme il est très dense, mon rêve, il pèse environ 1.5tonne.

C’est la taille idéale pour ma Daphné sans avoir à dégrossir.

Reste à faire un tour à Pietra santa, le village des sculpteurs, pour y acheter le matériel et les outils nécessaire à semblable ouvrage. Mais cette fois, il ne faut plus rêver et malgré le marteau et la ponceuse pneumatique, le marbre restera dur et le travail sera long.

Ensuite ne pas oublier de flâner et de respirer la poussière de marbre des nombreux ateliers où l’on peut louer son emplacement pour faire son œuvre.

On y croise des sculpteurs de toutes les nationalités, inconnus ou renommés qui sculptent des statues de toutes tailles et de toutes formes, du petit au monumental, de l’antique au contemporain. Il y en a pour tous les goûts. Une seule constante, elles sont toutes en marbre, et pas n’importe quel marbre, celui de Carrare bien sur !

IMG_4654

Posté par lncherrier à 18:19 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 avril 2007

Fer

Il y a bien longtemps que j'ai des démangeaisons métalliques! Le métal m'a toujours attiré.

Je me suis donc servie de ce que j'avais sous la main; un petit fer à souder à la soudure d'étain. J'ai fait ça,

etain

petite goutte après petite goutte... Il y a du mouvement, c'est assez graphique, extrêmement fragile. Intéressant mais pas suffisant pour moi. Alors j'ai intégré ma soudure d'étain dans du plâtre:

jazz2

Cela s'appelait "Black Jazz", elle a été cassée dans un déménagement. Il y a des maladresses (c'est une oeuvre de jeunesse). J'ai en projet de la refaire, (en mieux) avec du vrai fer maintenant!

Après, j'ai intégré du métal plus solide dans du plâtre, toujours:

grd_largue_4bis

Ponc_004_bon

Et dans de la terre aussi:

oiseaux1

C'est mon Albatros, oiseau-bateau avec ses mâts. J'aime bien l'alliance de deux matières.

Mais, cela ne suffit pas à combler mes désirs métalliques!

Je me suis attaquée au grillage et au fil de fer:

chouette evasion3

Insatisfaite, toujours!

Alors un jour je l'ai enfin fait!!!!!

Je me suis lancée et j'ai fait un stage de soudure dans une fonderie d'art.

tenueOui, oui, c'est bien moi! Quelle tenue, n'est ce pas?

C'est obligatoire, il faut se protéger.

Le masque c'est bien évidemment pour protéger les yeux, mais tant que la lumière de la soudure n'est pas visible, c'est la nuit noire à l'intérieur.

Il faut positionner son point de soudure, abaisser la visière du masque, et commencer à souder dans la nuit en espérant être toujours au bon endroit, pas évident!

Pour la soudure à l'arc, on se sert d'une électrode longue et fine pour souder.  Le port de gros gants (trois fois trop grands pour vous) résistant à la chaleur est obligatoire.

gant

Voilà mes énormes gants et l'électrode à coté.

Pour les sculptures en fer, le meilleur endroit pour s'approvisionner, c'est la décharge.

Donc, un petit tour à la décharge plus tard, et...

dynamique

Enfin!

Dynamique. Fer soudé

danse_le_monde_book

Insaisissable, l'air glisse entre les griffes de fer de son ravisseur, nasse percée aux barreaux impuissants: Liberté.

L'Air. Fer soudé

Posté par lncherrier à 12:00 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 mars 2007

Ma sculpture fétiche

C 'est en faisant des santons pour ma crèche que je me suis aperçue qu’il était bien plus facile pour moi d’appréhender un volume que de faire un dessin.


En plus, quand vous avez une mère qui fait ça, il vaut mieux aller voir ailleurs si on ne veut pas toute sa vie être comparé à…

tablo

Comme beaucoup, je crois, j’ai d'abord approché la sculpture par le modelage, terre, puis plâtre.

Je n’en étais qu’aux balbutiements, quand, un jour, j’ai remarqué cette pierre qui, parmi beaucoup d’autres, délimitait une plate bande du jardin.

C’était m’a-t-on expliqué, une demie stalactite(mite ?).

Goutte après goutte, elle avait mis des milliers d’années pour exister, et elle gisait maintenant, là, par terre, devant moi.

stalagtite

blog_072

Elle était donc formée de concrétions calcaires, un peu comme le marbre, plus dur mais beaucoup moins homogène, de sorte qu’elle était susceptible d’éclater si on la frappait trop fort.

D’ailleurs, n’était –elle pas elle même déjà qu’une simple moitié ?

Plus je la contemplais, plus je ressentais comme un appel de sa part.

Cette demie pierre avait quelque chose à dire et n’y arrivait pas.

tete_volumes

Elle était fascinante car tous les volumes d’une moitié de tête étaient en place.

Je distinguais nettement, posé sur le crâne, une galette à la François 1er, la chevelure, la barbe, le visage.

Pourtant, malgré cela, elle restait une pierre parmi les pierres.

Elle m’hypnotisait.

Et, tout à coup, j’ai compris! Pour vivre et s’exprimer, il ne lui manquait qu’une seule chose mais c’était essentiel. Cette chose, c’était la fenêtre de son âme : un œil !

Ce visage n’existait pas, pas encore, parce qu’il lui manquait un œil pour s’ouvrir à la vie.

A partir de là, je crois bien avoir agi sans réfléchir.

Alors que je ne l’avais jamais fait auparavant (plus tard, je resterai paralysé devant ma première pierre, la peur au ventre par crainte de commettre le geste irréparable), je me suis mis au travail avec à la fois une parfaite inconscience et une parfaite innocence. 

Prenant dans la boite à outil de mon mari ce qui me tombait sous la main, un ciseau à bois (que j’ai fichu en l’air) et un marteau, je me suis mise avec fébrilité en devoir de séparer les volumes que je percevais.

57 58  59

La galette, la chevelure, la barbe (tient, il n’a pas trop de menton cet homme là !).

blog_062

Je lui ai entrouvert les lèvres qu’une veine plus foncée de la pierre avait déjà tracé.

Très rapidement une narine a surgi, puis le trou du nez (ouf ! je respire)

Une fossette profonde au dessus des lèvres, un plis d’intense concentration juste au milieu du front, puis le sourcil, apparaissent, et…je m’arrête, tout étonnée et surprise moi-même de ce que j’avais fait.

Mais pas de temps à perdre car il n’y a toujours pas d’œil et la pierre le réclame instamment.

Un œil ! A quoi ressemble un œil ? Comment fait-on un œil ?

Vite, un livre, et un autre encore ! Défilent alors devant mes yeux avides des dizaines de visages, grecs, romains, et dans ces visages, des yeux, des yeux, des yeux… Des yeux jusqu’à ne plus les voir.

Je reprends le ciseau, doucement, on se calme ! Voilà l’ovale de l’œil, maintenant, le rond à l’intérieur et enfin la pupille.

blog_068

Tient, mais qu’est ce qui apparaît là, sous l’œil ? Oh ! Une poche ! Monsieur a des poches sous les yeux ! Plus tout jeune, a vécu…

J’avais laissé brut la galette, la barbe, la chevelure mais le visage nécessite un ponçage.

Ça y est ! j’ai terminé, je prends du recul pour contempler mon œuvre.

tete

Il est là. Il me regarde fixement l’œil sévère.

Qui c’est ce type ?

Je ne sais pas, connais pas. Jamais vu avant, jamais même imaginé !

Ce n’est pas moi qui l’ai fait, il est venu tout seul.

Maintenant, nous voilà face à face (enfin, moitié de face). Nous nous regardons.

Comment se fait il qu’il soit là ?

Moment de grâce, certainement, je ne vois que cette explication. Moment de grâce unique donné pour montrer le chemin : « Va, ta route passe peut être par là ».


Mais la sculpture ne saurait être le fruit d’un hasard, c’est d’abord et avant tout le résultat de

beaucoup de travail.

En matière d’art, j’ai été élevé à bonne école par une mère redoutablement exigeante pour

elle-même autant que pour les autres (elle a un : « c’est pas mal,  mais! … » qui tue !).

C’est donc sous les regards doublement attentifs de mon inconnu et de ma mère que

je vais mon chemin.

Au fil des années, mon inconnu est devenu un proche mais la sévérité de son regard ne faillit pas.

Les « mais » de maman se font moins critiques. Est ce moi qui fait des progrès ou sa vigilance

qui se relâche ?

Un peu des deux sans doute.

Jamais je ne la remercierai assez d’avoir était pour moi l’oeil sans complaisance

qui m’a permis d’avancer.

 La route est longue encore…

Posté par lncherrier à 08:00 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mars 2007

Ma Japonaise pleurait...

blog_009La stéatite est une pierre tendre qui a cette tête là quand elle est brute (celle là est grise, ma Japonaise était verte). Autant dire qu'on ne voit pas grand chose. Tout au long de la taille cela restera pareil, une espèce de teinte blanchâtre.
Ce n'est qu'après le ponçage que la véritable teinte apparaît et qu'on en découvre les veines.
C 'est un moment émouvant et magique pour le sculpteur.
Pourquoi la stéatite? Parce que c'est une pierre qui est  belle d'apparence. Elle pierre est tendre, mais ça n'enlève rien au travail de création, la taille en est facilité c'est tout. Pas besoin de frapper trop fort et le travail du sculpteur est déjà tellement physique!
Pourquoi en rajouter?

Je me limite en général à des pierres de 30-35kg, après c'est trop lourd à porter, il faut alors tout un matériel que je ne possède pas.

Quand j'ai pris contact avec la pierre qui allait devenir ma Japonaise, je me suis aperçue qu'elle était mauvaise à tailler et qu'elle partait en éclats à chaque coup donné. Que faire alors?

La regarder pendant des heures, l'apprivoiser, ne pas hésiter à modifier le projet initial (un masque très contemporain) et se laisser guider par elle et sa forme extérieure. Celle-là, pas question de lui "renter dedans"!

C'est là que m'est apparue le visage de ma Japonaise. Elle était déjà coiffée, son chignon était fait et bien fait, je n'y ai pas touché. La pierre est restée brute.

  japbrute

Après, j'ai sculpté son visage tout en douceur dans tous les sens du terme. D'abord avec une extrême précaution à cause de la pierre qui pouvait s'effriter, ensuite parce qu'avec une telle forme de visage, je la voulais douce. Vient ensuite le long et fastidieux travail de ponçage. Je suis tellement impatiente de voir comment va être la pierre qu'en cours de route je la mouille car ainsi, les veines commencent à apparaître, même si le ponçage n'est pas tout à fait fini. On commence au rifloire, sorte de lime, puis on passe au papier de verre de plus en plus fin pour teminer au ponçage à l'eau.

La pierre apparaît alors dans toute sa splendeur. C'est le moment féérique tant attendu!

Elle est belle et douce à caresser, on ne s'en lasse pas! Ces cotés tactile et sensuel font parties des "plus" de la sculpture.

japonaise_socle1

japonaise_1_

A ce moment, je me suis rendue compte que, sous l'oeil gauche (en regardant la photo), elle avait une petite larme ronde encore accrochée sur la joue, et, de l'autre coté, sous l'oeil droit, un filet coulait.

Ma Japonaise pleurait! Magie de la pierre...

Dans la pierre, se dessinent déjà les yeux qui se brident. Calmement le visage apparaît, mélancolique.

Japonaise. Stéatite.

Posté par lncherrier à 12:55 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 février 2007

Montagnes Chinoises

                Cette année là (2004), c'était en France l'année de la chine, c'est pourquoi nous avons eu droit à un florilège d'expositions sur le sujet. Je ne retiendrai que les deux qui m'ont particulièrement touché. L'une sur de la peinture contemporaine, l autre sur la chine ancienne, mais les deux se rejoignaient.

 

La première était une exposition du peintre contemporain Zao WU Ki, peintre chinois vivant en France depuis de très nombreuses années. Elevé dans la plus pure tradition chinoise puis confronté aux différents mouvements contemporains occidentaux, il a fait de sa peinture une heureuse et merveilleuse rencontre des deux civilisations.

zao 

  La seconde était au Grand Palais, sur l'art chinois ancien, l'intitulé en était ""Voyage Immobile". Je me suis surtout attachée à contempler les rouleaux de peinture de paysage des années 618 à 1900 (plutôt quand  même 11-17e siècle).


mon_chinoise

Cette année là encore,  j'ai une amie qui est partie vivre à Shanghai, ce qui m'a incité (pour partager de loin son expérience et la comprendre mieux) à lire beaucoup sur ce pays: des livres écrits par des chinois comme entre autres Lao She ou Shan Sa, des livres écrits par des chinois un peu français comme Zao Wu Ki ou François Cheng, un livre écrit par une française un peu chinoise, Fabienne Verdier.
En bref,cette année là, j'ai baigné dans la culture chinoise, j'en étais imprégnée, peinture, sculpture, littérature et même philosophie.

 

Je suis retournée trois fois au Grand Palais pour admirer ces fantastiques rouleaux de plusieurs mètres de long sur lesquels s'étalaient de merveilleux paysages; splendides montagnes émergeant des brumes, arbres tordus par les vents, lacs translucides et apaisés, minuscules personnages cheminant vers de petits temples perchés à des hauteurs vertigineuses... Des milliers de marches à gravir pour aller se recueillir tout là haut, sans doute une façon de se rapprocher de Dieu! C'était fascinant et j'étais fascinée, envoûtée par ces "Montagnes Célestes".

 

montchinmosaik

 

Il y avait bien plus que de la beauté dans ces peintures, il y avait une atmosphère, une ambiance, une âme.

"Voyage Immobile" était effectivement un voyage méditatif.

En ces temps là, la démarche artistique chinoise était plus complète et  plus philosophique qu'en occident. L'oeuvre ne pouvait être belle et accomplie que si l'artiste lui même accédait personnellement à la beauté de son être. Elle n'était vraie que si son auteur était vrai. Il y avait chez l'artiste chinois une obligation de tendre vers la perfection, tant technique que morale. Une esthétique de vie assortie à celle de la peinture, de la poésie et de la calligraphie. Une identification totale entre l'homme et sa création qui fait qu'un paysage est bien plus qu'une simple copie de la nature environnante.

Cette peinture là était plus qu'une simple peinture, c'était un état d'esprit!

Je décidais sur le champ de tenter le voyage: sculpter une montagne chinoise.

En fait, ce fut un triptyque de montagnes.

mesmontchin

        La quête est infinie, obstinément, marche après marche,toujours plus haut, on la poursuit.

Ces oeuvres me tiennent tout particulièrement à coeur, car plus que de simple sculptures de pierre, elles furent pour moi une expérience, un parcours qui force tout à la fois au dépassement et à l'humilité. Peut-être un jour y reviendrai-je. Après des années, à chaque fois que j'aborde une nouvelle pierre, ma pensée première va souvent à une montagne chinoise. 


                   Mon premier "voyage immobile" fut celui-ci:

voyage_immo1face

Pour mon premier "voyage immobile", je souhaitais un groupe de montagnes et non un seul gros bloc de pierre. J'ai donc séparé ma pierre en 3 parties. Il n'y a pas de temple mais une grotte qui traverse le haut de la montagne centrale, de part en part, laissant passer la lumière.

voyage_immo1dos

La teinte de la pierre s'est révélée différente des 2 cotés.

En lisant l'essai de François Cheng sur "Vide et Plein, le Language Pictural Chinois", je me suis rendue compte que la peinture chinoise était très codifiée. La poésie est réelle, la liberté bien encadrée. Cette peinture est construite, il me fallait donc de la rigueur dans la construction de ma montagne et pour cela j'ai acheté un minuscule niveau afin d'être parfaitement sûre que mes verticales et mes horizontales l'étaient bien, en effet.

Après, il fallait mettre le parcours en place pour atteindre la grotte avec les inévitables marches:

escalier

 

            Pour mon deuxième  "voyage immobile" j'ai décidé que la pierre se prêtait bien à l'unité monobloc et j'ai décidé d'y mettre un temple à l'abri d'un surplomb.

voyage_immo2_face

               J'ai beaucoup lutté avec cette pierre qui par sa couleur me "mangeait" tout mon relief et laissait filer la lumière. Il y avait de la mollesse aussi, elle ne voulait pas tenir debout, j'ai mis beaucoup de temps à lui trouver une colonne vertébrale et lui insuffler la vie. Dans les moments de découragement quand ça n'allait pas comme je voulais je me disais: "Ne  faire qu'un avec la montagne, imaginer que je suis dans la montagne, je suis montagne...". Alors me revenait en mémoire le très beau livre de Fabienne Verdier, "Passagère du Silence", et cela me remettait dans le droit chemin de l'humilité et de la longue patience et persévérance. Dans cette sculpture, le parcours  est plus mouvementé, route en lacet, gorges profondes, petit pont qui surplombe l'abîme. Il faut gagner l'accès au temple!

voyage_immo2__dos

               Mon troisième "Voyage immobile" fut un grand bonheur parce qu'il bénéficiait de l'expérience des deux précédents.

voyage_immo_3face1

Je me suis promenée parmi un dédale de pics aux formes déchiquetées, les marches se comptent par milliers et le parcours est ardu pour atteindre, tout là haut, la petite pagode isolée qui attend l'arrivée du pèlerin.

mont3

 

                

Posté par lncherrier à 20:16 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 février 2007

Morandi

Giorgio_Morandi_Natura_1952_15671    GiorgioMorandi    x

morandi_giorgio_natura_morta_ii_2801772

Il y avait des centaines de brocs, bouteilles, cruches et verres à l'exposition de Morandi où je suis allée. Alors que la nature morte est souvent considérée comme un art mineur,Giorgio Morandi, peintre italien des années 1900, y a consacré une grande partie de son oeuvre. Avec une palette de couleur assez restreinte, une obsession pour quelques objets choisis, il se lance, non sans une certaine poésie dans une recherche de composition entre vide et volume. Vide et volume, n'est ce pas l'essence même de la sculpture? Et c'est vrai que ses tableaux sont très sculpturaux.

Alors, pourquoi pas un petit clin d'oeil à Monsieur Morandi et à ses bouteilles?

J'ai choisi celui là: 21morandi

Et j'ai fait ça:

morandifacebis

Evidemment il a fallu inventer l'autre coté avec les volumes imposés, exercice de style!

morandipileface

Sagement, chaque objet prend sa place. le noir,le blanc s'entrechoquent puis se séparent. L"ordre est établi.

Hommage à Morandi. Terre bicolore

Posté par lncherrier à 17:12 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 février 2007

Démarches differentes:

On désigne très souvent par le terme de sculpture 2 sortes d'activités: la taille et le modelage. Pourtant leurs démarches artistiques sont fondamentalement différentes.

Dans le modelage, quels que soient les matériaux (terre,plâtre......), vous partez de rien pour arriver par ajouts successifs au volume désiré. Cela permet réflexion, repentir et corrections.

modelage1

Dans la taille, quels que soient les matériaux (bois,pierre.......), vous allez chercher une forme qui est forcement déjà inscrite dans la matière et que vous dévoilez par retraits successifs. Attention à l'erreur, le geste est  bien plus définitif!

cours_adultes_taille_atelier_ansec_4

Dans la taille elle même, il y a encore deux façon de procéder, toutes deux fort intéressantes.

Soit vous avez dans la tête un projet bien précis et vous vous efforcerez de le faire entrer coûte que coûte dans les matériaux choisis; La sculpture sera alors celle que vous projetiez de faire à quelques adaptations près.

Soit vous vous laissez guider par les formes des matériaux choisis et la sculpture deviendra ce que les matériaux vous auront dit ou tout au moins ce que vous aurez cru entendre.

Posté par lncherrier à 20:11 - Naissance d'une oeuvre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1